En République du Congo, l’opération « Zéro Kuluna », lancée contre le banditisme urbain, aurait fait au moins 561 disparus, tous des jeunes entre 18 et 30 ans selon le Centre d’Actions pour le Développement (CAD). L’ONG dénonce des dizaines d’exécutions sommaires, de disparitions forcées et de cas de torture sur une période allant de septembre 2025 à avril 2026.
« Des jeunes traqués, torturés, exécutés, disparus ; des familles brisées ; des quartiers traumatisés : ces crimes ne peuvent être ni normalisés, ni banalisés, ni relégués au silence. » C’est avec cette phrase choc que commence le rapport rédigé par le Centre d’Action pour le Développement basée au Congo-Brazzaville sur les exactions commises lors de ces opérations de maintien de l’ordre effectuées par la Direction générale de la sécurité présidentielle (DGSP).
Ce rapport accablant a été publié le 30 juin dernier. Il dénonce les violences qui auraient été commises entre septembre 2025 et avril 2026 par le général Serge Oboa qui a supervisé ce que l’on a appelé l’opération « zéro Kuluna », visant des centaines de jeunes agés de 18 à 35 ans appartenant ou pas à ces gangs.
Des chiffres sous-évalués par manque de preuves matérielles
L’ONG a découvert que des centaines de jeunes congolais et étrangers, y compris des enfants mineurs, ont été arbitrairement arrêtés, séquestrés, torturés, exécutés ou portés disparus. De nombreuses habitations et de biens civils ont été également détruits.
L’organisation s’est rendue à la morgue de Brazzaville, pour accompagner les familles dans l’identification des corps de leur proches. Elle a ainsi pu « constater l’état de saturation préoccupant » des lieux, « marquée par la présence de nombreux corps de jeunes hommes tués ». Elle précise dans son rapport que « malgré des centaines de signalements, elle n’a pu documenter que 166 cas, répartis en trois thématiques principales. »
En premier lieu viennent les exécutions sommaires qui représentent 43,4% des cas, suivies par les disparitions forcées, 33,7% des cas, « qui visent à soustraire les victimes à tout contrôle judiciaire », et en dernier viennent la torture et les mauvais traitements qui représentent 22,9 % des cas. Mais « ce chiffre est toutefois vraisemblablement en deçà de la réalité, en raison des difficultés inhérentes à la documentation de ces actes, souvent perpétrés en détention, à l’abri des regards » souligne le CAD.
Une violence institutionnalisée
Mais le plus grave aux yeux de l’ONG est que cette opération de « crimes d’État » cible spécifiquement la jeunesse. Dans un discours martial du général Serge Oboa en date du 10 janvier 2026 – et relevé par le CAD -, le chef de la DGSP assure « c’est le Préfet qui délivre l’autorisation, si c’est pas fait la loi s’appliquera sans état d’âme. La pagaille ne sera pas tolérée. Que le meilleur gagne ».
L’ONG CAD souligne que le Directeur général de la DGSP présente des aveux d’homicide des jeunes comme justifiant les actions de la DGSP, tout en admettant implicitement que les déclarations ont été obtenues hors de tout cadre légal, très probablement sous la contrainte.
Par ailleurs, la DGSP a interdit les veillées mortuaires compliquant la tâche des enquêteurs qui souhaitaient approcher les familles ou les témoins, ou même de voir le corps des victimes. Nombreux ont refusé de parler craignant des représailles, notamment la destruction de leurs maisons ou l’arrestation d’autres membres de leur famille.
« Les témoignages recueillis font état d’un profond sentiment de résignation et de peur parmi les victimes et les familles rencontrées. Elles préfèrent s’en remettre désormais à la justice divine, faute de confiance dans des mécanismes institutionnels perçus comme inefficaces, inaccessibles ou exposant les victimes et leurs proches à des représailles » relate l’ONG.
J’espère que mon témoignage ne me portera pas préjudice… Dans ce pays, plus rien n’est stable et plus personne n’est fiable.Un témoin anonyme
C’est la raison pour laquelle les chiffres mentionnés dans le rapport ne représentent qu’une fraction de la réalité.
Un autre point révélé par le rapport est extrêmement préoccupant. Les opérateurs de téléphonie mobile privés – Airtel-Congo et MTN-Congo – ont été mis à contribution pour envoyer des appels à la délation via une campagne de SMS massive, incitant leurs abonnés à dénoncer des membres présumés des gangs « Kuluna » moyennant une récompense de 1.000.000 FCFA (1524 euros).
« Kuluna », des gangs qui n’ont pas de définition légale
Le rapport rappelle l’origine et la composition de ces gangs et ne minimise pas leur action violente. Il souligne également que depuis son apparition en 2014, à Brazzaville et à Pointe-Noire, « aucune avancée structurelle notable n’a été enregistrée dans sa prise en charge ». Au contraire, « les chefs de ces groupes sont parfaitement identifiés par les habitants des quartiers et par la force de l’ordre. »…lire l’intégralité de l’article sur TV5.org
Diffusé le 26 septembre 2026, par www.congo-liberty.org