Le spectaculaire cambriolage subi par Oumar Gambi se donne à lire comme un sujet grave : la cartographie d’un capitalisme transnational des étrangers, reliant Congo, Mali et France et dont l’analyse exige de distinguer proximité sociale, réseau d’affaires et affairisme.
Le cambriolage que nous évoquions la semaine dernière dont la supposée victime est Oumar Gambi, a projeté ce dernier dans l’espace médiatique et a poussé la DGSE et le PNF de fouiner çà et là. Plus d’une personne s’interroge sur la trajectoire de cet homme qui a fait fortune au Congo, notamment dans l’immobilier et le négoce pétrolier.
À mesure que l’on quitte le registre de l’anecdote pour celui des documents, une image plus intéressante apparaît. Non pas celle d’un « système » qu’il suffirait de dénoncer à partir de quelques proximités, mais celle d’un capitalisme transnational où se superposent mobilité des entrepreneurs, foncier, structures patrimoniales, relations institutionnelles et politiques, philanthropie et sociabilités diasporiques.
Un ancrage congolais plus ancien qu’il n’y paraît
Oumar n’est pas un acteur récemment apparu dans les affaires louches au Congo. La jurisprudence de la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage (CCAJ) de l’OHADA permet de documenter son implication dans l’immobilier congolais des années avant la création, rapportée en 2023, de Global Holding à Brazzaville. En effet, dans son arrêt n°033/2022 du 17 février 2022, la CCJA examine une procédure née d’un contentieux immobilier, étrange et spécieux, à Pointe-Noire, remontant à 2016. Oumar soutenait avoir acquis de Philippe René Germain Poulain un immeuble. Les minutes de l’arrêt démontrent que Poulain était le débiteur du Cabinet d’avocats Fernand Carle et de la Sci Atari. Pour recouvrer leurs créances, ces deux créanciers lui ont fait délivrer, le 13 mai 2016, des commandements aux fins de saisie immobilière portant sur un immeuble de Pointe-Noire cadastré n°351, section D, superficie 883,51 m². Ce lotissement situé à Tchikobo Pointe-Noire, titre foncier n°12605 est un immeuble bâti avec villa en location. Sa mise à prix dans la vente judiciaire a été estimée à 200 millions fcfa dans sa valeur la plus basse ! Poulain, né en 1965 en France, alors domicilié à La Ferté-sous-Jouarre (Seine-et-Marne) possédait la société One Pose Sarl (Siren 528 916 141), dont le siège était au 20 rue Henri Dunant, 77260 La Ferté-S-J. La société avait été créée fin 2010 et radiée en mars 2012. Dans cette radiation naît le contentieux avec le Cabinet Carle et la Sci Atari dirigée par Boniface Carle Malalou, références, RCCM CG/PNR/11D135. Il apparaît que One Pose Sarl se serait livrée à des activités de vente de matériaux et de négoce qui ont périclité, entraînant deux créances contre lui : 1) La Sci Atari disposait contre Poulain d’un jugement exécutoire du Tribunal de grande instance de Pointe-Noire du 22 juillet 2013, rôle civil n°405, répertoire n°226 ; 2) Le Cabinet d’avocats Carle disposait séparément d’un autre jugement exécutoire, daté du 18 novembre 2013, rôle civil n°822, répertoire n°314. C’est une donnée considérable pour comprendre Oumar, né en août 1987, et qui, à 28 ans, revendique, dans un pays étranger, une villa locative de 900 m² au centre ville ! Même si la CCJA a finalement considéré que l’acte sous seing privé invoqué par Oumar contre Poulain, faute d’enregistrement et de transcription au titre foncier, ne pouvait fonder efficacement une demande en distraction contre les créanciers saisissants, il faut tout de même dire qu’à 28 ans, Oumar et son réseau défiait déjà les autorités. Comment est-ce possible ? Où aurait-il pu trouver les 200 millions de la supposée transaction ?
L’écosystème Oumar Gambi à la galaxie Niangado…
Les sources professionnelles identifient Amadou Débé Niangado (mal écrit parfois Niangadou), né en 1965 et arrivé au Congo à 17 ans, comme Pdg du Groupe Supermarket à Pointe-Noire. Le groupe réunit des activités industrielles et commerciales, supermarchés et immobilier et revendique plus de 850 emplois directs. Les Grands Moulins du Kouilou inaugurés par M. Sassou le 20 février 2020 pour 45,85 milliards de fcfa constituent l’une des activités dudit groupe. Ayant commencé sa carrière en vendant des chemises au bataclan en 1987/88, Amadou Débé Niagado (ADN) s’est hissé au niveau de M. Sassou en devenant son Grand Officier à la Grande Loge du Congo par ordonnance n° 007/6020/GLC-GM du 14 août 2020 signée par le député Grand Maître Okemba (JDO). Déjà en 2005, ADN se permettait de reprendre publiquement la ministre du Commerce, Mougany en raison des nouvelles dispositions réglementaires annoncées : les pâtes alimentaires fabriquées par GMK sous la marque « Dima » sont impropres à la consommation humaine, tout comme l’huile. Sûr de ses appuis, ce musulman néo-converti à la franc-maçonnerie a créé « l’affaire des 700 familles » qu’il a chassées de leurs terres ancestrales à Mengo-Vindoulou-Boukoulibouali-Péage. De même la publication de la Conservation foncière de Brazzaville du 22 septembre 2023, montre plusieurs demandes d’immatriculation qui apparaissent dans le même tableau : Fatoumata Zahara Djigue ; Oumar Gambi ; Dambendzet Vassil et Mamadou Niagadou. Fatoumata Djigue et Oumar Gambi déposent leurs réquisitions le même 30 août 2023, sous les numéros consécutifs 30723 et 30722, pour deux parcelles situées toutes les deux au Plateau des 15 Ans, respectivement dans la rue Loufou et la rue Mayombe. Et un an plus tard, la même Fatoumata Djigue se retrouve juridiquement associée à Oumar Gambi dans la Sci KINZ en France avec quatre autres : Oumar Gambi, Fatoumata Djigue (Niangadou), Wounde Ndaou et Nene Aboubakar. Fatoumata Zahara est fille de Amadou Débé Niagado, née en 1992, et qui a épousé José Djigue le 9 août 2024 dans un mariage Royal à Pointe Noire au Double Tree by Hilton. Oumar et ADN apparaissent dans l’environnement philanthropique de l’ALCPPE au Mali intervenant dans les opérations de réhabilitation scolaire depuis 2023. *
Réseaux et rétro-commissions
Avec les sociétés Global Holding Group, Nioro Trading, Axial Global Distribution, TPC Sarlu et Imperial Holding, Oumar Gambi via son beau-père ADN sont assimilables à des sociétés écrans, trafiquants des influences, blanchissant des fonds dans des lessiveuses au mépris des Congolais dont ils ont pourtant obtenu la nationalité. Ils travaillent pour diverses autorités corrompues (que nous citerons prochainement), qui leur permettent d’accéder à des crédits et financements colossaux réservés, notamment quand Ibrahim Magassa avec sa société ALGEST intervient dans le cadre du PNOT du ministre des finances et du budget de l’époque (Ondaye Jean baptiste) pour un refinancement de 2200 milliards de fcfa injectés et partis en fumée sur le tarmac de l’aéroport Maya-Maya, dans le jet, Gulfstream G650, en présence de Rodrigues Nguesso, Gatien Wenceslas Ondaye Obili, Armel Sylvère Dongou, Lauric Ngouembe. Rappelons que la commission partagée ce jour-là était 0,05% de 2200 milliards, soit 1,1 milliard, nonobstant les 6% de frais du cabinet ALGEST soit 13,2 milliards. Les faits sont têtus et désormais c’est la DGSE française qui est lancée à leurs trousses. Le vol était une opération spéciale des services qui avaient logé des informations critiques contre le pouvoir de M. Sassou. La suite s’annonce délétère. Le pouvoir doit «couper» toutes ces branches. Il n’y a pas d’autres alternatives.
Ce cambriolage, déclencheur de beaucoup d’évènements, comme pour l’affaire Lucien Ebata, Obili et consort qui s’étaient exposé, le PNF, la DGSE et d’autres organisations enquêtrices, ne vont pas démordre car le » pistage » est lancé pour débusquer les membres du cartel ainsi que les 389 dignitaires de Brazzaville qui ont acquis ces six dernières années, des biens avec l’argent de l’État, en France, Belgique, Espagne, Portugal, Liban, Seychelles, Dubaï, Rwanda, Gabon. (A suivre)
Ghys Fortune BEMBA DOMBE
Diffusé le 24 septembre 2026, par www.congo-liberty.org