Par Lucien PAMBOU
Pendant les élections présidentielles en 2024, le duo Diomaye et Sonko faisait la fierté des militants du PASTEF (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité). C’était le temps des amours politiques et pour les militants du PASTEF, Diomaye c’est Sonko et Sonko c’est Diomaye. Trop souvent en Afrique on reste sur l’émotion et la rationalité politique est très éloignée dans la gouvernance de nos pays. Cette période lune de miel a semé les graines de la discorde que nous connaissons aujourd’hui. Le duo s’est transformé en duel ; le président Diomaye, assumant pleinement ses responsabilités, a limogé Sonko par un décret après avoir demandé à Sonko de présenter sa démission, ce qu’il a refusé de faire. Ce divorce est intéressant à analyser car, depuis leur installation au pouvoir en avril 2024, Sonko en tant que premier ministre et numéro 1 du PASTEF a toujours considéré que Diomaye n’était pas à la hauteur en tant que président de la République, car il poursuivait un agenda politique caché contraire au projet politique sur lequel il a été élu en avril 2024.
Ce projet, c’est celui du PASTEF, projet révolutionnaire qui marque une rupture fondamentale avec le programme politique de Macky Sall. Ce programme révolutionnaire s’appuie sur les idées fondamentales du PASTEF :
- Souveraineté nationale (rupture avec la Françafrique, révision des accords monétaire, militaire et économique, sortie du franc CFA à moyen terme pour une monnaie souveraine),
- Panafricanisme (unité africaine, coopération sud-sud, refus des ingérences étrangères dans les affaires africaines),
- Éthique et lutte contre la corruption (Sonko a dénoncé les détournements de fonds quand il était inspecteur aux impôts, il exige une déclaration du patrimoine et un audit des contrats pétroliers et gaziers et surtout une meilleure gestion de la dette cachée de l’ordre de 7 milliards de dollars dont le gouvernement Macky est tenu pour responsable),
- Justice sociale par une redistribution des richesses (la recherche d’une souveraineté alimentaire, la protection des classes moyennes et des jeunes, la valorisation de l’industrialisation et le recours à l’État sénégalais comme prioritaire dans l’exploitation des ressources).
Voici donc en amont les prolégomènes de la dispute entre les deux amis et pourquoi le duo est devenu un duel.
La méthode Sonko contre la méthode Diomaye
Le premier ministre Sonko est devenu président de l’assemblée nationale et à une très large majorité (132 voix sur 165). Même si Sonko, président de l’assemblée déclare aucune vendetta à l’encontre du président Diomaye, force est de constater qu’il a tout fait pour introduire une instabilité à la tête de l’État, aux motifs que le président Diomaye manquait d’autorité et qu’il ne respectait pas le projet révolutionnaire du PASTEF fondé sur la rupture. Les vrais désaccords entre Diomaye et Sonko démarrent en juillet 2025 alors que le président Diomaye est reçu à Washington par le président Trump. Pour le premier ministre Sonko il faut absolument régler la question de la dette cachée, de l’ordre de 7 milliards de dollars (soit 6 milliards d’euros), imputable au pouvoir de Macky Sall. Ce qui augmente le ratio de la dette sur PIB autour de 135 %. Pour le président Diomaye, la méthode brutale de son ancien premier ministre était inacceptable, ce qui pourrait mettre à mal les négociations de prêt avec le Fonds monétaire international. D’ailleurs le limogeage de Sonko et la nomination du secrétaire général de la présidence Ahmadou Al Aminou Lo devenu premier ministre visent à reconstruire méthodiquement la nouvelle politique de Diomaye.
D’autres points de désaccord expliquent la rupture politique relative entre Snko et Diomaye. Il y a d’abord la question des fonds politiques attribués à la présidence et dont Diomaye ne veut pas faire la publicité, ce que lui refuse Sonko au nom de la transparence, de la reddition des comptes et de la redevabilité du système politique à l’égard du citoyen. Autre point de désaccord : le discours brutal de Sonko contre les homosexuels et les autres courants LGBT. L’actuel président de l’assemblée nationale estime que l’homosexualité n’est pas dans la tradition sénégalaise. Une partie du désaccord entre Sonko et Diomaye porte sur le reproche que Sonko fait à Diomaye qui a voulu réactiver son mouvement Diomaye Président, en prenant langue (au nom du dialogue national) avec certains anciens ministres de Macky Sall, surtout avec Antoine Félix Abdoulaye Diome, ancien ministre de l’intérieur qui avait ordonné l’arrestation de Sonko et de Diomaye. Nous sommes là au cœur d’une rupture de trajectoire politique entre les deux hommes et 2029 apparaît comme le lieu de cristallisation des échanges difficiles entre le pouvoir exécutif avec Diomaye comme président et le pouvoir législatif avec Sanko comme président.
Une cohabitation souple est-elle possible ?
En arrivant au perchoir Monsieur Sonko, nouveau président de l’assemblée nationale, ne souhaite pas porter la responsabilité d’un chaos institutionnel. Il estime que le président Diomaye doit prendre ses responsabilités. La question politique à poser est celle-ci : quelles sont les politiques publiques qui vont être menées, celles du PASTEF ou celles redessinées par le président Diomaye et son premier ministre Aminou Lo ? Les membres du PASTEF seront-ils appelés au gouvernement ou feront-ils partie de l’opposition ? Dans ce cas il faut craindre des motions de censure et un blocage des institutions, sachant que le président Diomaye, selon la constitution, ne peut dissoudre l’assemblée nationale qu’après novembre 2026. Le Sénégal est entré dans une zone de turbulence politique et économique. Le peuple sénégalais n’en demande pas tant. Pour les populations sénégalaises et surtout les membres du PASTEF, Diomaye président est le mauvais garçon pas reconnaissant vis à vis de Sonko car il est passé de la prison à la présidence de la République. La condamnation de Sonko par le pouvoir de Macky Sall a empêché celui-ci de se présenter à l’élection présidentielle. En choisissant Diomaye, Sonko, figure emblématique du PASTEF, a voulu faire de Diomaye un « vassal heureux » car il est considéré comme taiseux et timide. Erreur d’analyse, le taiseux Diomaye a assumé pleinement ses fonctions constitutionnelles en limogeant Sonko.
Sonko nouveau président de l’assemblée nationale, après la démission organisée de El Malik Ndiaye , va devoir composer avec Diomaye, tenir sa parole, ne pas exercer de vengeance vis à vis de Diomaye et de ses équipes et participer à une cohabitation douce dans la gestion de affaires du Sénégal. 2029 est le phare politique du Sénégal, surtout pour la présidentielle, pour savoir qui de Diomaye ou de Sonko sera le plus armé pour représenter le destin des Sénégalais de 2029 à 2034 en tant que président de la République. En attendant, il faudra participer aux élections territoriales en 2027,
Par Lucien PAMBOU
Diffusé le 31 mai 2026, par www.congo-liberty.org
