Lucien PAMBOU
Le Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité) dirige le Sénégal depuis le 24 mars 2024. L’arrivée du Pastef au pouvoir correspond à un attelage politique spécifique. Sonko, considéré comme le leader historique du Pastef, a été empêché de se présenter aux élections présidentielles pour diffamation et perte de droits civiques. Il a choisi Diomaye pour le remplacer. Ce choix correspond à un calcul politique très clair car Diomaye est considéré comme taiseux, conciliant, voire vassal au sein du Pastef. D’autres membres au sein du Pastef auraient pu être choisis par Sonko qui délibérément a fait le choix de Diomaye pour mieux le manipuler. Pour Sonko le véritable parrain politique, c’est lui et Diomaye, en tant que président, n’est qu’un vassal heureux. Les choses ne fonctionnent pas comme Sonko les avait pensées. La constitution sénégalaise du 21 janvier 2001 révisée plusieurs fois organise un régime présidentiel à premier ministre. C’est le président de la République, donc Diomaye, qui a plus de pouvoir que le premier ministre (Sonko). Au nom de cette légitimité constitutionnelle et non politique, le président Diomaye a limogé le premier ministre le 23 mai 2026.
Pourquoi Diomaye Faye a-t-il limogé Ousmane Sonko ?
Les raisons sont implicites et explicites. L’implicite tient à l’ego des deux hommes. Sonko patron politique du Pastef, panafricaniste avéré , homme politique vibrionnant, a un ego qui frôle l’hubris et qui forcément s’oppose à celui de Diomaye, plus discret, plus taiseux, voire plus timide. On peut penser que Sonko pouvait manipuler politiquement le président Diomaye et asseoir définitivement son leadership au sein de l’assemblée nationale (ce qui est déjà le cas) mais aussi au sein des institutions de la République. Son limogeage le 23 mai 2026 par le président Diomaye montre que Sonko a commis une erreur d’appréciation politique et de considération psychologique de son compagnon de lutte. En politique comme dans la vie, il faut toujours se méfier de vos amis qui ne disent rien, qui sourient à toutes vos remarques et qui attendent le moment opportun, soit pour se révolter, soit pour créer des situations de rupture. La situation du 23 mai symbolise cette situation humaine qui devient tragique dès lors qu’il s’agit en politique de deux amis qui ensemble ont travaillé pour la conquête du pouvoir.
Le limogeage de Sonko par Diomaye est un court-circuit politique qui plonge les institutions sénégalaises dans l’inconnu. Qui sera nommé premier ministre ? Celui-ci sera-t-il compatible avec la majorité Pastef à l’assemblée nationale conduite par Sonko ? Si ce n’est pas le cas, comme se fera la cohabitation entre le premier ministre nommé par Diomaye et l’assemblée nationale pour des questions liées au budget, aux réformes institutionnelles, aux nominations ? 2029 est encore loin pour la nouvelle élection présidentielle et la pirogue sénégalaise risque, si elle est mal équilibrée, de sombrer drastiquement dans l’Océan Atlantique. Nous sommes là au cœur de la stabilité ou non des relations entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. Essayons de voir quels sont les points de désaccord entre Diomaye et Sonko.
Les tensions et points de divergence entre Diomaye et Sonko
Les désaccords persistent autour de la réforme du code électoral pour 2029. Sonko souhaite une réforme qui lui ouvre la voie à une candidature en 2029. La décision de la réforme électorale se faisant attendre, sans le dire Sonko pense que c’est la faute de Diomaye, De façon très opportuniste Sonko a récemment fait voter par l’assemblée une loi qui abolit son inéligibilité qui l’a empêché de se présenter aux élections de 2024. Sonko est le parrain politique de Diomaye qui doit se soumettre à l’analyse politique du régime par le Pastef. Sonko n’accepte pas d’être premier ministre du pion vassal Diomaye qu’il a désigné à l’élection présidentielle.
Le Sénégal est donc confronté à trois ans de turbulence politique assez difficiles. Doit-on conclure à une rupture définitive entre Sonko et Diomaye ?
La rupture Diomaye-Sonko est-elle temporaire ou définitive ?
En politique aucune rupture n’est définitive. Les réconciliations sont plus légions que les ruptures. Sonko estime que les réformes de rupture sur la gouvernance du Sénégal, la gestion de la dette (cachée ou réelle), la réforme électorale ne sont pas assez rapides. Il estime que le président Diomaye ne respecte pas le bréviaire idéologique du Pastef et que Diomaye traite en priorité la question de la dette de façon personnelle sans tenir compte des remarques du Pastef. Pour l’ancien premier ministre Sonko le président Diomaye n’est pas à la bonne place et ne respecte pas les attentes du Pastef.
La situation est donc explosive. Sonko et Diomaye ne doivent pas rompre les ponts car compagnons de lutte ils ont travaillé ensemble pour arriver à la tête de l’État et les opposants au Pastef restent aux aguets, prêts à redescendre dans l’arène politique sénégalaise, à cause de l’incapacité politique du Pastef à diriger le Sénégal. La situation du Sénégal doit permettre aux Africains, surtout francophones, de méditer la pratique du pouvoir, à savoir qu’on ne construit pas la vie politique sur une émotion amicale, encore moins sur une rationalité émotionnelle, mais sur les capacités réelles et la disruption du non-dit entre amis pour gouverner de façon efficace et durable l’État et la nation.
Lucien PAMBOU
Diffusé le 25 mai 2026, par www.congo-liberty.org
