HOMMAGE A MON AINE ET AMI MONSEIGNEUR BARTHELEMY BATANTU

Par Dieudonné ANTOINE-GANGA

Ma Batantu,

 Il est des responsabilités que l’on ne souhaite pas assumer dans sa courte vie. L’hommage qu’il me revient de rendre à mon aîné Son Excellence Monseigneur Barthélémy BATANTU, 4ème Archevêque de Brazzaville que nous tous aimerions appeler familièrement ‘’Ma BATANTU’’, c’est-à-dire ‘’Oncle BATANTU’’, est de cette catégorie.

La mort demeure souvent pour les êtres humains que nous sommes, une perspective lointaine, sans rapport avec nos préoccupations quotidiennes. Le moment de la fin de notre vie est un secret qui nous échappe toujours. Cela reste vrai jusqu’au jour où, comme le 26 avril 2004, il y a 22 ans, elle a frappé directement à notre porte, et est repartie, emportant avec elle, un prêtre, un évêque que ses amis et ses paroissiens chérissaient.

Monseigneur Batantu, Ma Batantu avec qui mon chemin s’est croisé au quartier Dahomey de Bacongo et à la paroisse Notre-Dame du Rosaire de Bacongo à Brazzaville, toi en tant que grand séminariste puis prêtre et moi en tant que servant de messe, membre du mouvement des Cœurs Vaillants et séminariste de Mbamou. C’est ainsi que j’eus le privilège d’être ton servant de messe à ta première messe sacerdotale, le lundi 29 juin 1959. Tu fus plus tard mon confesseur et mon grand-frère dont les conseils que tu me prodiguais sans cesse m’ont beaucoup guidé dans ma vie chrétienne et profane. Merci.

Pour nous qui avons eu la chance de te connaitre et de t’approcher, ce n’est ni l’intelligence, ni l’acuité et l’humour de ton esprit, ni encore l’amplitude de ta culture en général et Koongo en particulier, qui nous frappaient d’abord, mais plutôt ta modestie, ta courtoisie, ton kimuntu, ta discrétion et enfin ton attention aux plus petits et aux plus démunis de ta paroisse Notre-Dame du Rosaire de Bacongo dont tu fus vicaire et curé pendant 19 ans !

Ton altruisme légendaire, ton humilité et ta piété ont séduit tous ceux que tu avais approchés. Tu avais le cœur dans la main et tu partageais. Tu ne cessais d’arpenter les rues de Bacongo, tantôt à pied, tantôt sur une mobylette, visitant les familles, les malades et les handicapés avec qui tu n’hésitais point à partager les modestes repas qu’ils t’offraient. En les fréquentant, tu avais découvert, comme tu me le disais souvent toi-même, la vérité des gens ; tu avais senti une société congolaise avec ses peines et ses joies, ses misères et sa grandeur. Enfin, tu étais toujours optimiste, car tu étais convaincu qu’il « ne fallait jamais désespérer des hommes, ne jamais renoncer à comprendre et à convaincre, ne jamais préférer la force au dialogue, tant que l’échec de celui-ci n’était pas prouvé, toujours donner sa confiance si l’on voulait espérer gagner celle des autres et rechercher l’union plus que la division. » C’est grâce à ton courage et à ton sens du dialogue, que tu dissuadas les militants zélés de la J.M.N.R. qui, à l’époque, convoitaient l’espace paroissial de Notre-Dame du Rosaire qu’ils voulaient transformer en parking. Pour mettre fin à leurs velléités, tu construisis un bâtiment sur ladite cour.

Tu fus aussi le « Saint Jean-Bosco » qui ne voulait point voir les jeunes sombrer dans le chômage ni dans l’oisiveté ni dans la délinquance juvénile. C’est pourquoi, tu lanças le collège Mi-Mbemba qui, suite à la nationalisation de l’enseignement, devint le collège populaire. Dans ton collège populaire, tu permis aux jeunes titulaires du CEPE, mais qui n’ayant pas réussi aux différents concours d’entrée en 6ème, de poursuivre leurs études secondaires. Tu organisas aussi les cours d’alphabétisation pour adultes et des cours de grammaire Lari pour tous ceux qui voulaient connaitre et écrire la langue lari. Tu fondas le groupe vocal « les mains blanches ».

D’autre part grâce à l’inculturation et aussi à la bienveillance de Monseigneur Michel Bernard premier Archevêque de Brazzaville, tu introduisis dans la liturgie catholique dans l’archidiocèse de Brazzaville, les instruments congolais de musique : ngonguis, tam-tams, sansis ou sanzas, maracasses, grelots et cors. Ainsi tu fondas de nombreux mouvements d’apostolat dont la schola populaire. Ainsi, à travers le chant, les chrétiens pouvaient s’approprier le message évangélique et le véhiculer lors des célébrations eucharistiques mais aussi dans les veillées funèbres, les retraits de deuil et les mariages. C’est pourquoi tu fus affublé du sobriquet de « griot de Dieu. »

Merci infiniment, Ma Batantu, pour l’encadrement fraternel et paternel que tu nous as offert, nous qui t’avons suivi, afin de nous aider à contourner les nombreux obstacles qui se dressent régulièrement sur le cours tumultueux et imprévisible de la vie.

Merci pour ton humour légendaire qui nous a donné tant d’occasions de rire et nous a aidés à mieux comprendre l’importance de replacer les différents événements de la vie dans le cadre de leur relative signification.

Ma Batantu, tu nous as quittés tel que tu as vécu, dans la dignité, la rigueur, la justice, l’honneur, l’humilité et la piété. Tu fus un représentant particulièrement brillant de cette catégorie d’êtres humains, de plus en plus rares en ce XXIème siècle, qui considèrent que quand la dignité et l’honneur sont en cause, il n’y a pas de compromis possible ; oui, cette catégorie d’êtres humains qui « respectent et considèrent l’homme pour ce qu’il est et non pour ce qu’il a ou pour ce qu’il possède. »

Merci enfin pour ta vie exceptionnellement riche, pour ton motivant exemple, lourd héritage que tu nous lègues. Saurons-nous le fructifier ? That is the question.

L’on dit que ceux qu’on aime sont éternels. Pour nous qui t’aimons, qui t’avons aimé et qui t’aimerons toujours, tu seras éternel. C’est pourquoi je te dis, Ma Batantu, avec Charles Péguy : « Tu n’es pas loin ; tu es seulement de l’autre côté. Je continuerai toujours à t’appeler par tes nom et prénom. »

Là où tu es, repose en paix dans la lumière du visage de Dieu et prie pour le Congo, le clergé et nous tes amis.

Dieudonné ANTOINE-GANGA

Diffusé le 27 avril 2026, par www.congo-liberty.org

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Une réponse à HOMMAGE A MON AINE ET AMI MONSEIGNEUR BARTHELEMY BATANTU

  1. Samba dia Moupata dit :

    Cher grand frère Dieudonné,

    Merci d’avoir ravivé la mémoire de Monseigneur Barthélemy. Il nous a laissé un héritage important, tant spirituel qu’institutionnel.

    Malheureusement, son successeur, Monseigneur Anatole, a pris des orientations qui ont profondément fragilisé cet héritage. Le patrimoine de l’Église a été affaibli, et l’archevêché de Brazzaville, autrefois central et fédérateur, a été morcelé, ce qui a contribué à en réduire l’influence. Là où Monseigneur Barthélemy savait préserver l’indépendance de l’Église face au pouvoir, son successeur a donné le sentiment de s’en éloigner.

    Aujourd’hui, Monseigneur Bienvenu hérite d’une situation plus complexe, avec une autorité et un rôle qui ne sont plus tout à fait ceux d’autrefois.

    Que Dieu nous éclaire et guide notre Église dans ces temps délicats.

    Bien fraternellement,

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