RDC : dialogue national inclusif et marginalisation de la coalition C64 par Félix Tshisekedi ?

Le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a rencontré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à Jérusalem-Ouest

Par Lucien Pambou

Le président Tshisekedi, après un long silence, a décidé de sortir de sa réserve en se déclarant favorable pour l’organisation d’un dialogue national pour la recherche de la paix, la cohésion nationale et la refondation de l’État. C’est une question politique fondamentale pour la RDC car la coalition C64 dominée par des membres importants de l’opposition (Fayulu, Katumbi, Sesanga, Kabund, Matata ponyo etc.) refuse ce dialogue car elle qualifie le président Tshisekedi de cynique d’avoir organisé ce type de dialogue.  La coalition estime que c’est un écran de fumée qui permet au président Tshisekedi de valoriser de façon cachée les problématiques de révision et de changement de la constitution. Pour la coalition C64, le président Tshisekedi doit partir au bout de son deuxième mandat, c’est à dire en 2028 (selon la C64 il reste 754 jours au président Tshisekedi pour partir de la présidence de la RDC) et les nouvelles élections présidentielles doivent avoir lieu. La pratique des institutions et de la constitution oblige à admettre qu’il est impossible d’organiser des élections réelles et adéquates si les territoires restent occupés. On peut objecter positivement et avec raison et être d’accord avec l’opposition que les incidents territoriaux existaient en 2019 et en 2023 quand le président Tshisekedi a été élu et réélu.

  1. Pourquoi le président Tshisekedi organise le dialogue national

Depuis 30 ans le Congo est secoué par des guerres civiles entre des groupes armés souvent manipulés par le Rwanda et de manière plus douce par d’autres pays africains de l’est. Les nombreux dialogues en RDC ont abouti à des résultats déséquilibrés pour la population mais qui satisfaisaient la classe politique congolaise. La répartition des pouvoirs avec le mécanisme classique de Sun City, un président Kabila et quatre premiers ministres, a retardé le problème de la cohésion et de la refondation de l’État. La classe politique congolaise et surtout l’opposition étaient satisfaites de cette situation. Le partage du gâteau congolais permettait à certains membres de l’opposition comme de la majorité de se constituer des fortunes importantes en étant propriétaires des carrés miniers avec l’assentiment du pouvoir central. La situation politique actuelle est explosive, liée à l’urgence de la guerre à l’est, à l’insécurité des populations qui sont victimes de déplacement, de brutalité, de tueries, de viols. A ces maux toxiques, on peut ajouter les détresses sociales liées aux maladies comme Ebola et d’autres épidémies qui amplifient les crises sanitaires en RDC. Pendant ce temps, la classe politique congolaise, surtout la coalition C64, estime que le président Tshisekedi est responsable de ce qu’il se passe en RDC par sa politique clanique de valorisation des membres de sa famille et de son parti. Nous sommes au cœur d’un débat toujours permanent en Afrique dès lors que le président éprouve énormément de difficultés pour résoudre les problèmes sociaux et politiques. Il faut maintenant voir pourquoi le président Tshisekedi en organisant le dialogue prend avantage sur la C64.

2. Avantages pour Tshisekedi à organiser le dialogue

Le président Tshisekedi contrôle le récit du dialogue, c’est comme je le dis Tshisekedil est le boulanger artiste qui garde le monopole du dialogue. C’est son dialogue à lui et pas un Sun City bis où on lui impose 1 + 4. Il a obtenu un débat d’unité de la majorité. L’union sacrée est fragile mais avoir un ennemi extérieur commun, à savoir la C64, soude la majorité. Le président Tshisekedi a une lisibilité internationale. Pour les Américains, parrains de l’accord de Washington, un seul interlocuteur légitime à Kinshasa est une bonne chose. En 2016 Kabila avait dû céder beaucoup de choses à l’opposition. Le président Tshisekedi évite le chantage en ne reproduisant pas ce système. Néanmoins il y a des risques majeurs qui accompagnent l’avantage du président Tshisekedi comme le refus de l’opposition à participer à ce dialogue national tant dans les provinces qu’à Kinshasa. Avec l’opposition on ne sait jamais avec leurs positions changeantes attendons de voir leur attitude le 15 septembre 2026 car elle a décidé de manifester contre le dialogue ou contre la révision/changement de la constitution ou contre Tshisekedi ? Quelle va être la position de la CENCO (Conférence épiscopale nationale du Congo) qui valorise le pacte social par rapport au pacte national. Il y a un risque diplomatique à ne pas ignorer. Les Américains et les Qataris toujours marqués par leur diplomatie de duplicité énoncent l’idée selon laquelle on ne peut pas faire un accord durable si l’opposition principale n’est pas dans le bateau de l’accord et Washington a besoin d’un accord durable qui survive à Tshisekedi. Même si la C64 est pour l’instant hors-jeu, cela risque de faire hésiter les Américains pour un accord terminal.

Conclusion

Tshisekedi joue le pari d’un président intuitif, rationnel et fort en marginalisant ses adversaires pour mieux exister en RDC. C’est un avantage tactique immédiat réel. Est-il sûr que cet avantage tactique ne se traduise pas à long terme par une erreur stratégique pour la cohésion nationale ? Tshisekedi gagne une bataille de communication, fabrique malheureusement le dissensus qu’il prétend combattre et il oublie comment l’UDPS (Union démocratique pour le progrès social), parti fondé par son père, a conquis le pouvoir en RDC dans la rue et au nom de l’article 64.

Lucien Pambou Mvoka

Diffusé le 04 septembre 2026, par www.congo-liberty.org

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