Rapport sur l’opération “zéro kuluna”. Une opération de crimes d’Etat contre la jeunesse en République du Congo? 138 assassinats et disparitions

Brazzaville, 30 juin 2026. Le CAD publie ce jour son rapport sur l’opération “zéro kuluna” menée par la Direction générale de la sécurité présidentielle (DGSP). Il couvre la période de septembre 2025 à avril 2026. La répression documentée frappe d’abord et avant tout la jeunesse. La majorité des victimes avaient entre 18 et 35 ans. Cette tendance se retrouve dans les trois thématiques mises en avant dans ce rapport.

Des jeunes traqués, torturés, exécutés, disparus ; des familles brisées ; des quartiers traumatisés : ces crimes ne peuvent être ni normalisés, ni banalisés, ni relégués au silence. Ils constituent une rupture grave avec les fondements même de l’État de droit. Fermer les yeux sur ces crimes reviendrait à accepter un précédent dangereux, capable de faire vaciller ce qui reste de la confiance publique. C’est pourquoi, le CAD demeure profondément préoccupé par les graves violations des droits humains qui en ont découlé. Notre organisation fait de ce dossier une priorité absolue et reste pleinement mobilisée jusqu’à ce que justice soit faite, que les responsabilités soient établies et que les victimes obtiennent réparation.

Toutes les situations documentées n’ont pas été rapportées dans le présent rapport. En raison des difficultés significatives évoquées dans la section méthodologie, entre septembre 2025 et avril 2026, et malgré des centaines de signalements, le CAD n’a pu documenter que 166 cas, répartis en trois thématiques principales. Les trois thématiques que nous avons retenues dans ce rapport constituent les domaines sur lesquels nous avons choisi de mettre l’accent au regard des priorités de notre plan d’action stratégique, et en raison de leur gravité et de leur impact systémique.

  1. Exécutions sommaires, violation majoritaire (43.4%)

L’analyse des violations documentées met en évidence une prédominance alarmante des atteintes les plus graves au droit à la vie. Les exécutions sommaires constituent la catégorie la plus représentée avec 72 cas, soit 43.4 % du total. Elles apparaissent ainsi comme la forme de violence la plus systématique dans le cadre de l’opération.

  1. Disparitions forcées, crimes continus (33.7 %)

Les disparitions forcées suivent avec 56 cas (33.7 %), traduisant une pratique délibérée visant à soustraire les victimes à tout contrôle judiciaire et à priver les familles de toute information sur leur sort.

3. La torture (22.9 %)

La torture et les mauvais traitements représentent 38 cas (22.9 %). Ce chiffre est toutefois vraisemblablement en deçà de la réalité, en raison des difficultés inhérentes à la documentation de ces actes, souvent perpétrés en détention, à l’abri des regards.


Pris ensemble, ces trois catégories dessinent le profil d’une opération caractérisée par un recours massif à la violence létale et à des méthodes coercitives exercées en dehors de tout cadre légal. L’absence d’intervention judiciaire préalable, conjuguée à l’absence de mécanismes de contrôle a posteriori, renforce le caractère arbitraire et systémique de ces violations.


Les chiffres documentés ne représentent qu’une fraction de la réalité. Ils doivent donc être lus comme un seuil minimal, non comme un reflet complet de l’ampleur réelle des faits. Le nombre
effectif de victimes d’exécutions sommaires, de disparitions forcées et de torture demeure vraisemblablement bien supérieur à ce que le CAD a pu établir à ce stade.

Faits marquants

  • Violations de la chaîne pénale

Plusieurs victimes étaient déjà sous responsabilité de la justice (en détention provisoire ou purgeant une peine). Des agents de la DGSP les ont soustrait à la procédure judiciaire en cours pour, dans plusieurs cas
documentés, les exécuter publiquement, hors de tout cadre légal et sans procès, sous le regard impuissant des autorités judiciaires.

  • Cagoule comme stratégie d’impunité

L’usage systématique de la cagoule par les agents visait à assurer leur anonymat et à garantir l’impunité des auteurs de violations.

  • Responsabilité au plus haut niveau

Le 26 octobre 2025, le Président de la République a reconnu publiquement, lors de l’inauguration d’un lycée, avoir ordonné à la DGSP de rétablir l’ordre, ce qui a conduit à l’intensification et à l’extension de
l’opération à d’autres villes.

  • Délation numérique via les opérateurs privés

Les sociétés Airtel-Congo et MTN-Congo ont été mises à contribution : la DGSP a utilisé les services de messagerie officiel de MTN et Airtel Congo pour envoyer des SMS en masse à tous les abonnés, les inci-tant à dénoncer des membres présumés de gangs « Kuluna » contre une récompense pouvant atteindre 1 000 000 FCFA (~1 760 USD). Ce mécanisme de délation numérique a contribué à la commission de violations graves. Les deux sociétés n’ont pas répondu aux demandes formelles d’explication du CAD.

La répression liée à l’opération s’est concentrée presque exclusivement dans le sud du pays, tandis que le nord, pourtant confronté aux mêmes problèmes de délinquance juvénile, a été épargné. Cette disparité territoriale soulève des questions sur les critères ayant guidé l’usage de la force et sur le caractère sélectif de la réponse sécuritaire.

  • Défaillance institutionnelle

Le silence des institutions face à ces agissements révèle une dérive autoritaire majeure, où la force militaire supplante l’autorité judiciaire :
· Le Parlement n’a pas exercé son rôle de contrôle de l’exécutif;
· La Justice s’est montrée incapable d’interrompre les agissements
ou de s’y opposer;
La Commission nationale des droits de l’homme est demeurée silencieuse.

Principales recommandations

1- Au Gouvernement congolais

  • Mettre immédiatement fin à l’opération «zéro Kuluna». Remplacer cette opération par une opération sécuritaire légalement encadrée, menée en collaboration avec les autres structures étatiques, notamment celles chargées de l’emploi et de la réinsertion sociale.
  • Mettre en place une commission d’enquête judiciaire véritablement indépendante et impartiale dotée de pouvoirs effectifs, d’un mandat clair et de garanties de protection de ses membres et des témoins afin d’identifier les auteurs et responsables des violations graves des droits humains commises durant l’opéra-
    tion « zéro kuluna ».
  • Mettre en place un mécanisme de réparations et d’indemnisation équitable pour les familles dont les habitations et autres biens privés ont été détruits.
  • Assurer un soutien psychosocial aux familles traumatisées par la perte de leurs enfants ou proches, de leurs biens ou par les violences subies, afin de favoriser leur résilience et leur réinsertion sociale.

2- Aux partenaires du Gouvernement

Examiner les voies par lesquelles leur influence peut être mise au service de la justice et de la protection des victimes. Cela peut se traduire par des démarches auprès des autorités compétentes, par un soutien aux mécanismes internationaux d’enquête, ou par un dialogue constructif avec la société civile congolaise engagée sur ces questions.

Source : CAD

Diffusé le 04 juin 2026, par www.congo-liberty.org

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Une réponse à Rapport sur l’opération “zéro kuluna”. Une opération de crimes d’Etat contre la jeunesse en République du Congo? 138 assassinats et disparitions

  1. Val de Nantes dit :

    Roland Nitou s’en occupe. La Haye en a été saisie. Et nous espérons que ce dossier y sera un jour traité dans le cadre des crimes contre l’humanité.

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