Médiation au Mali, partenariats miniers, nominations dans les secteurs sécuritaire et administratif : depuis dix jours, le Congo donne l’image d’un pouvoir en mouvement. Dans cette effervescence, on se demande qui gouverne, et où, pendant que le chef de l’État, son épouse et le président de l’Assemblée nationale et autres se soignent à l’étranger.
Tout pour la santé des dignitaires, et rien ou la mort pour le peuple.
Denis Sassou Nguesso a quitté Brazzaville le 19 août pour la Turquie, officiellement dans le cadre des vacances. Mais au fond, il a accompagné son épouse, Antoinette, pour s’y faire soigner et se soumettre lui-même à un check-up pour se requinquer par maints artifices, notamment par l’usage du botox et autres. Aucune communication officielle n’a été diffusée pour le confirmer ou l’infirmer. L’urologue Prosper Bouya est resté silencieux comme une carpe alors qu’il livre constamment le bilan de santé de M. Sassou à Jean Jacques Bouya. Le président de l’Assemblée nationale, Isidore Mvouba est, lui aussi, à l’Étranger pour les soins médicaux, après Claude Alphonse N’Silou et bien d’autres oligarches, le mois passé. La Turquie, l’Afrique du Sud et la Suisse sont devenues des destinations de soins prisées des dignitaires congolais aux frais de l’État qui abandonne les congolais dans les mouroirs que sont les hôpitaux maintenus volontairement en grève, et les cliniques mercantilistes. Quelle injustice! Comment est-il possible que des dirigeants, qui prétendent aimer leurs électeurs, soient aussi cruels et ne pensent qu’à eux ? Deux des trois premières personnalités congolaises sont à l’extérieur pour des raisons médicales. Aucun communiqué n’en précise officiellement, ni la nature, ni le modus operandi mis en place pour assurer, en leur absence, la continuité des affaires courantes. Cette discrétion contraste avec la communication active de Brazzaville sur les dossiers diplomatiques régionaux.
Les nominations et la question de la représentativité
Les récentes nominations dans l’administration et la force publique continuent d’alimenter les commentaires. Messieurs Ollessongo, Oba et Bouya positionnent leurs suppôts. Le commun des mortels se demande si c’est pour organiser des élections libres et transparentes, ou pour préparer le holdup de la constitution qui imposerait un successeur de M. Sassou, ou encore, c’est pour inonder le Congo des citoyens étrangers dont certains vont prendre les entreprises d’État en voie d’être bradées ? Est-ce pour régler les comptes à Mboulou Zéphyrin, Jean Dominique Okemba et Cie ? Il sied de dire, qu’aucun pays ne se construit à l’aune de la vengeance, ni du tribalisme, moins encore des injustices, mais il se bâtit sur les valeurs, les compétences et le patriotisme. Plusieurs manuels de règlement de conflits nous apprennent que les injustices et les frustrations sont généralement à la base de soulèvement populaire. Les nominations doivent donc tenir compte de la diversité ethnique et non d’une partie de la communauté nationale. On ne doit pas uniquement privilégier les cadres mbochi ou ceux du nord au détriment des autres ethnies. Tenez, à la gendarmerie nationale, par exemple, un nordiste remplace un nordiste. Je ne doute pas des compétences, du professionnalisme, de l’efficacité et du respect des principes républicains de Gildas Olangué dont je salue la hauteur et l’humanisme pour les avoir éprouvés lors de ma séquestration de près de 19 mois, surtout pendant les 5 jours que j’avais passés à la région de la gendarmerie de Brazzaville. Il avait été l’unique personne qui m’avait traité avec considération et humanité. Je savais qu’il prendrait le commandement de la gendarmerie. Difficile d’ignorer, non plus, le travail abattu par Gervais Akouangué qui a regagné son corps où il doit serrer ses fesses auprès de Boka Basile.
Pour conclure, je dois dire que mes valeurs m’interdisent de souhaiter la mort de qui que ce soit, ni celle d’Isidore Mvouba qu’une éminente personnalité du pouvoir souhaite de tout son cœur pour qu’elle soit placée à la tête de l’institution parlementaire au cas où elle ne prend pas la vice présidence du Congo. Ces postes motive ce dernier à soutenir le changement de la constitution. Au nom des mêmes valeurs morales, je ne puis accepter le martyr que font vivre les dirigeants congolais aux populations. Je dénonce et m’oppose, comme tout patriote et intellectuel conscient, au système clanique, tribal et injuste, à la gouvernance inique et corrompue du pouvoir en place.
Bref, le Congo a besoin d’institutions fortes, d’une administration professionnelle et d’une communication publique transparente comme le disaient André Milongo et Barack Obama
Ghys Fortune BEMBA DOMBE
Diffusé le 22 août 2026, par www.congo-liberty.org

Cher Ghys,
Moi, je parlerais plutôt de « la folie dans la splendeur ». Comment comprendre qu’un prétendu dirigeant puisse, alors que les principaux centres hospitaliers du pays sont en grève et que certains personnels ne seraient pas payés depuis des mois — jusqu’à 30 mois pour certains à Pointe-Noire —, choisir de partir en vacances à l’étranger en jet privé avec une délégation aussi importante ? L’argent consacré à ce train de vie aurait pourtant pu contribuer à apurer les salaires et à soulager les personnels hospitaliers qui vivent une situation extrêmement difficile.
Quant à ton fameux Gildas Olangué je considère qu’il s’agit surtout d’un choix de proximité et de préférence familiale. J’ai eu l’occasion d’échanger avec lui et avec son prédécesseur Gervais Akouangué qui est Mbochi kouyou , lors de certains voyages, et, à mes yeux, la comparaison intellectuelle entre les deux est loin d’être en sa faveur.
Ce qui est encore plus préoccupant, c’est cette impression de continuité dans un système où les critères de compétence semblent progressivement céder la place à la proximité familiale et aux appartenances. Hier, Marien Ngouabi mettait en avant le « Grand Nord », aujourd’hui Denis Sassou semble privilégier l’ethnie, et demain la famille proche, avec cette volonté supposée de préparer sa succession au profit de son fils.
Au fond, le problème dépasse les personnes : c’est la conception même de l’État et de sa gouvernance familiale qui pose question. Quand les intérêts d’une famille semblent passer avant ceux du pays et de sa population, il y a véritablement matière à s’interroger.