LETTRE D’UN VIVANT A ANDRE MILONGO « YA MILOS »

André MILONGO « Ya Milos »

Par Dieudonné ANTOINE-GANGA.

Monsieur le Premier Ministre André MILONGO « Ya Milos », Mon très cher aîné,

A l’occasion du 19ème anniversaire de ton rappel par Dieu, de ton départ à l’Orient Eternel, je réécris que le temps n’a rien changé et que je revis en permanence ta disparition, un certain 23 juillet 2007. Il y a 19 ans déjà. Je n’y puis rien. C’est plus fort que moi, car Dieu dont je respecte la volonté, a pris ce qu’il m’avait donné. Je ne veux même pas accepter cette mort qui m’a privé d’un ami et d’un être cher, qui a privé le peuple congolais, ta famille, et tous ceux qui de près ou de loin t’admiraient, d’un être humain aussi merveilleux, humble, bon, altruiste, dévoué et patriote que toi et qui ne cessait d’affirmer que « ta conception du pouvoir n’était pas celle du pouvoir pour le pouvoir, pour t’ouvrir les vannes de l’enrichissement, par la rapine de l’Etat mais celle de servir ce peuple qui t’aurait accordé son suffrage. »

Toi qui, pendant le gouvernement de Transition formé au lendemain de la Conférence Nationale Souveraine qui n’était pas « une escroquerie politique » comme le prétendent et l’affirment certains acteurs politiques congolais atteints de malhonnêteté intellectuelle, toi qui, malgré les menaces, les sarcasmes les injures et les intimidations de quelques Congolais dont certains mangent aujourd’hui au râtelier du Président Denis Sassou-Nguesso, affirmais courageusement « j’ai toujours placé l’intérêt supérieur de la nation avant toute autre considération ; voilà pourquoi, malgré les provocations et les humiliations de toutes sortes, j’ai cherché à éviter à notre peuple, les épreuves douloureuses où l’égoïsme et les ambitions des politiciens véreux ont voulu l’entrainer. » C’est pourquoi, si je ne m’abuse, tu « plaçais toujours l’intérêt supérieur de la nation avant toute autre considération. » Oh quelle humilité ! Oh quelle attitude noble et patriotique ! Merci.

Oh ! que tu avais totalement raison, toi qui avais toujours sacrifié à l’idéal de paix et d’unité nationale qui t’avait toujours animé. Toi qui étais porté au pinacle des élites de notre Etat, avec tes collègues Henri Lopes, Agathon Note, Marcel Roger Gnali-Gomes, Jean-Jacques Ontsa-Ontsa, Théophile Obenga, Alexis Gabou, Pascal Lissouba, Paul Kaya, Hilaire Bounsana, Pierre Nkounkou Lamartine, Emmanuel Ndebeka, Auxence Ickonga, Joseph Pouabou, Lazare Matsocota, Auguste Roch Nganzadi, Antoine Kaine, etc. Toi et tes collègues, vous nous fasciniez, nous alors étudiants au Centre d’Enseignement Supérieur de Brazzaville et à l’Ecole Nationale d’Administration.

En ce 23 juillet 2026, mon très cher aîné, je me permettrais, encore de dire avec Charles Péguy que :

« La mort n’est rien. Tu es seulement passé, dans la pièce d’à côté.

Je continue à rire de ce qui nous faisait rire ensemble.

Je pense à toi, je prie pour toi.

Sans emphase d’aucune sorte, sans une trace d’ombre.

La vie signifie ce qu’elle a toujours été.

Le fil n’est pas coupé.

Pourquoi serais-tu hors de mes pensées,

Simplement parce que tu es hors de ma vue ?

Tu n’es pas loin, juste de l’autre côté du chemin. »

Ya Milos, Monsieur le Premier Ministre, très cher aîné,  

Je me permettrais d’ajouter aussi que tu étais, avec tes qualités et tes défauts, très humble et toujours à l’écoute des autres. Tu étais aussi loin de ces gens dont parlait le Prophète Michée « …Ceux qui préparent leur mauvais coup et, du fond de leur lit, élaborent le mal ! Au point du jour, ils l’exécutent car c’est en leur pouvoir. S’ils convoitent des champs, ils s’en emparent ; des maisons, ils les prennent ; ils saisissent le maître et sa maison, l’homme et son héritage. »

Toi au contraire, tu nous as laissé un riche héritage, notamment l’amour pour le pays et pour le peuple ; le respect de la chose publique et l’attachement aux valeurs républicaines ; la notion, le sens du devoir et la glorification du travail ; la rigueur dans la gestion des finances publiques ; l’humilité et le respect de tout être humain ; la résolution des problèmes par le dialogue et non par la violence. Ce qui explique que tu fus l’unique leader politique d’après la Conférence Nationale Souveraine de 1991, à ne pas avoir eu de milice dont malheureusement, certains acteurs politiques Congolais se sont servis comme strapontins ou escadrons de la mort, pour semer la désolation, la terreur, la misère et la mort dans certaines régions où les populations ne demandaient et ne demandent toujours qu’à vivre et à vaquer à leurs occupations dans la liberté et dans la paix.

Malgré les dérisions, les sarcasmes et les injures dont tu fus l’objet pendant ton bref mandat de Premier Ministre de la Transition (1991 – 1992) et qui n’étaient pour toi que barbaries, tu ne changeas point d’attitude. A ce propos tu déclarais à qui voulait l’entendre : « Nous sommes entrés définitivement dans l’État de droit ; celui-là qui a mis hors la loi, l’arbitraire, l’injustice, le fait du prince, la gabegie, le vol, le culte de la personnalité, la tyrannie, l’hégémonie d’une famille, d’un clan, d’une tribu ou d’une région. Finis donc ces spectres du passé. Bâtissons désormais, ensemble dans la paix, dans l’unité de toutes les filles et de tous les fils du pays, un Congo de la liberté, de la dignité et de l’honneur. Nous devons renaître et vivre, désormais, dans la nouvelle culture démocratique qui fait, de chacun de nous, un citoyen libre et vertueux Pour ma part j’ai toujours placé l’intérêt supérieur de la nation avant toute autre considération ; et que malgré les provocations et les humiliations de toutes sortes, j’ai toujours cherché à éviter à notre peuple les épreuves douloureuses où l’égoïsme et les ambitions des politiciens véreux ont voulu nous entraîner. J’ai sacrifié à l’idéal de paix et d’unité nationale qui m’a toujours animé ». Tu appliquais ainsi à la lettre, cela va sans dire, la maxime latine « Régis est tueri cives », c’est-à-dire « C’est le devoir du roi de protéger ses concitoyens ». Tu me disais aussi souvent que « un Président ou un Premier Ministre sans peuple n’était qu’un Président ou un Premier Ministre solitaires. La force pouvait faire taire, mais seule la justice faisait entendre. Le respect ne s’imposait pas ; il se méritait ; et celui qui unissait valait mieux que celui qui dominait par la force et par la ruse. » Oh quelle sagesse ! Oh quelle vision !

En travaillant avec toi, je n’ai jamais cessé de t’admirer, toi qui agissais avec conscience et honnêteté, toi qui exerçais ton libre arbitrage avec sagesse et habileté, toi qui enfin as été pour moi, ce que Mendès France fut pour François Mitterrand, « un modèle de père, d’aîné, de cadre, d’intellectuel et d’homme politique et visionnaire ».

Ton attitude de bon citoyen intègre me plaisait et me fascinait ; ton attitude qui connaissait l’importance de la joie et qui la prônait par l’exemple, motivé, convaincu et enthousiasmé par la réussite de nos nobles idéaux communs dont la paix, le dialogue, la tolérance, la liberté, l’égalité et la fraternité.

A tes côtés j’ai compris aussi le sens profond de l’amitié. Combien de fois ne m’avais-tu pas dit d’être toujours fidèle en amitié, quelques soient les circonstances, tant dans le bonheur que dans le malheur ? Combien de fois me m’avais-tu pas répété qu’un « véritable ami était une douce chose et que l’amitié était la plus étroite des parentés et que pardonner était une action plus noble et plus rare que celle de se venger ? »

Tu me faisais chaud au cœur, toi qui, par tes plaisanteries, m’enseignais à vivre avec humour, le caractère éphémère de l’existence. Je continue à rire toujours, quand je pense à cette question que tu me posas en latin, lors de notre dernière rencontre à Washington DC, en mai 2007, « Usque tandem mi fili, eris ex Patria ? » c’est-à dire jusques à quand, mon fils seras-tu hors du pays ? ». Je te répondis en latin « Nescio. » c’est-à-dire, « je ne sais pas. ». J’ajoutai aussi avec Victor Hugo « Fidèle à l’engagement que j’ai pris vis-à-vis de ma conscience, je partagerai jusqu’au bout l’exil de la liberté. Quand la liberté rentrera, je rentrerai. » Tu acquiesças par un sourire. C’est la dernière fois que je te voyais sourire.

Chaque fois que j’étais avec toi, tu ne cessais de me répéter et de me confier que la sensibilité, le courage, la solidarité, la bonté, le respect, la tranquillité, les valeurs, la joie, l’humilité, la confiance, l’espérance, la sagesse, les rêves et l’amour pour les autres et pour soi-même étaient les points fondamentaux pour être un homme libre et de bonnes mœurs.

Enfin, je conclurai cette lettre en paraphrasant Kipling dont nous avons souvent lu ensemble son poème « Tu seras un Homme, mon fils », pour te dire que je « t’ai vu supporter d’entendre tes paroles travesties par tes adversaires pour exciter leurs militants, et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles sans mentir toi-même d’un mot. Que tu étais bon, que tu savais être sage sans être moral ni pédant. Et que tu fus un HOMME », Ya Milos.

Je suis fier et honoré d’avoir été ton ami et toncollaborateur en mes qualités de Ministre des affaires Etrangères, de la Coopération, des Postes et Télécommunications, et enfin de l’Information, Porte-Parole de ton gouvernement de Transition. Comme je suis aussi fier et honoré d’avoir avec toi et mes collègues du gouvernement fait aboutir la Transition, dans la paix et sans effusion de sang en organisant des élections libres et transparentes à l’issue desquelles, notre ami et frère le Professeur Pascal Lissouba fut élu Président de la République.

Tu resteras pour tous les Congolais, l’homme qui fit sien ce conseil du Président Abbé Fulbert Youlou « toujours négocier avant d’en venir aux mesures de violence » ; comme tu resteras aussi l’un de la gent « d’hommes politiques, humbles, non préoccupés par l’accumulation des biens matériels, et ne dérangeant personne, mais très attachés aux valeurs nationales », dixit l’ancien ministre Joseph Ouabari.

Enfin, là où tu es, prie pour la paix véritable et pour l’unité au Congo, prie pour le peuple Congolais qui ne cesse de sombrer dans la pauvreté, dans la misère et dans la clochardisation, afin que Dieu lui pardonne tous ses péchés et crimes de sang  et le relève ; prie aussi pour ta famille et pour nous qui t’avons aimé et qui continuerons à t’aimer ad multos annos.

Ya Milos, comme aimaient t’appeler les Congolais, repose en paix, mon très cher aîné, Monsieur le Premier Ministre !

Ton ami et cadet Dieudonné ANTOINE-GANGA

Diffusé le 21 juillet 2026, par www.congo-liberty.org

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