ECO : future monnaie de la CEDEAO : Un exemple pour l’éviction du CFA en zone CEMAC ?

par Lucien PAMBOU

Depuis 1983, l’ECO a été désigné comme monnaie au sein de la CEDEAO. Depuis, il y a 5 reports : 2003, 2005, 2009, 2015 et 2020. La date officielle retenue est celle de 2027. Dans ce contexte le projet d’une monnaie unique dans la CEDEAO devient quasiment un mirage. Alors que la CEDEAO progresse sur le plan institutionnel pour une monnaie unique, la zone CEMAC demeure silencieuse et absente sur le plan institutionnel. Cette asymétrie entre les deux zones soulève de nombreuses questions. Pourquoi l’Afrique de l’ouest valorise une dynamique de rupture alors que l’Afrique centrale préfère le statu quo en valorisant le franc CFA. Malgré ses difficultés l’ECO avance de façon méthodologique en essayant d’installer un nouvel modèle monétaire. Ce n’est pas le cas pour la zone CEMAC. Si le poids des économies et les dépendances pétrolières rendent quasiment illusoires la mise en place d’une nouvelle monnaie, il n’est pas inutile d’examiner la dynamique propre de l’ECO. Ensuite, nous essayerons d’analyser les spécificités structurelles qui interdisent un projet alternatif au CFA en zone CEMAC.

L’ECO création d’une dynamique monétaire de rupture avec le CFA en zone CEDEAO

Le projet de l’ECO est ancien. Il est à la base d’une réflexion politique et économique. Sur le plan politique, il s’agit aux pays de la CEDEAO d’établir une souveraineté monétaire autonome vis à vis du franc CFA. Ceci est valable pour les 8 pays de l’UEMOA, sous l’obédience de la Banque centrale ouest-africaine, alors que d’autres membres de la CEDEAO, comme le Nigéria, le Ghana, le Libéria, la Sierra Leone et la Guinée possèdent leurs propres monnaies. A côté de la souveraineté monétaire, l’objectif d’intégration commerciale régionale est affiché. Il s’agit de créer un marché de 400 millions de personnes au sein duquel les marchandises circulent librement, les coûts de transaction sont faibles et les risques de change éliminés car l’ECO ferait fonction de monnaie unique. Sur le plan économique, l’arrimage des 8 pays de l’UEMOA au franc CFA a donné l’impression qu’on avait un ECO UEMOA à la place du franc CFA. Ce marchandage politique qui date de 2019 entre le président Macron et Ouattara de Cote d’Ivoire a été un échec relatif. L’objectif économique principal de l’ECO est de rendre autonome la politique monétaire de la zone CEDEAO avec des objectifs clairs en matière de croissance, de développement et de financement des économies des pays membres grâce à la nouvelle création de la Banque centrale ouest-africaine. Les réserves de change de la Banque centrale font l’objet d’une négociation concernant le lieu d’installation de la Banque et donc des réserves de change et on pense que le Nigeria est le pays le mieux placé car le plus puissant de la zone CEDEAO. La question de l’ECO est au cœur des préoccupations des pays de l’Afrique de l’ouest, rien de tel au sein de la CEMAC où les stratégies économiques consistent à empiler les dettes grâce aux marchés régionaux de la zone et aux euro bonds sur le plan international à des taux d’intérêt prohibitifs. La dette malheureusement devient en zone CEMAC un outil de financement pour rembourser les dettes antérieures au lieu de  servir aux transformations structurelles et productives des économies. L’échéance 2027 pour le lancement réel du projet ECO a été réaffirmée par les sommets d’Abuja en 2025 et de de Freetown/Lungi en juillet 2026. Une stratégie de lancement à plusieurs vitesses a été retenue, un premier groupe de pays est éligible (Nigéria, Ghana, Sierra Leone, Libéria, Gambie, Guinée), un autre groupe suivra dans lequel on retrouve les pays CFA de l’UEMOA qui ont beaucoup de mal à respecter les critères de convergence en termes de dette publique, de déficit budgétaire et de non respect en matière de trajectoire budgétaire.

Comment les structures spécifiques de la zone CEMAC limitent une configuration à l’image de l’ECO

La zone CEMAC est structurellement marquée par un développement de la dette et des déficits budgétaires. La zone CEMAC, malgré les discours n’arrive pas à diversifier réellement son économie. Le poids du pétrole dans l’économie régionale reste fort au Gabon, au Congo-Brazzaville, en Guinée équatoriale et au Tchad. Il n’y a aucune réflexion alternative au CFA, comme c’est le cas dans la zone CEDEAO. On peut se demander pourquoi ce type de réflexion est absent. Quelques lignes de réponses apparaissent: les économies de la CEMAC discutent beaucoup mais ne concluent jamais. On constate que le franc CFA ne favorise ni la croissance, ni le développement, mais par habitude ou paresse intellectuelle, on continue de faire confiance au franc CFA, malgré les contraintes monétaires comme la parité fixe entre le CFA et l’euro. Il y a aussi des différences en matière économique. La France est beaucoup plus présente dans la zone CEMAC par son influence politique que dans celle de la CEDEAO. L’ECO peut-il servir d’exemple pour la CEMAC ? Rien n’est sûr car en zone CEMAC il n’y a pas de poids lourds économiques jouant un rôle comparable à celui du Nigéria. L’absence de mécanisme de transfert budgétaire laisse non résolue la question de la gouvernance d’une Banque centrale véritablement indépendante des pressions politiques et nationales. De plus, en zone CEDEAO comme en zone CEMAC, la théorie des zones monétaires optimales étudiée par Mundell (1961) reprise en améliorée par Kinnon et Keenen montre que la mobilité du travail et des capitaux sera difficile à cause des différences de procédures, de langues et de techniques de travail. Les chocs asymétriques peuvent se propager à la zone CEDEAO ou CEMAC.

L’ECO est un modèle de souveraineté politique et monétaire, il ne suffit pas de le déclarer mais il faut le faire car pour les pays membres de l’UEMOA la forte représentativité du Nigéria peut poser problème. De plus le modèle ECO ne peut être transposé directement à la CEMAC dominée par des économies où la rente pétrolière est l’alpha et l’oméga du processus de production. Le projet ECO d’ici 2027 ouvre un large débat pour un éventuel changement de monnaie en zone CEMAC. Encore faut-il que les régimes politiques dans cette zone, arc-boutés sur les contraintes et la facilité du CFA, acceptent d’aller vers le grand large monétaire indispensable à la survie et au réel développement de leurs pays respectifs.

Par Lucien Pambou Mvoka

Diffusé le 13 septembre 2026, par www.congo-liberty.org

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