Par Bernardin DILOU
Endettement massif, disparition du Fonds des générations futures, austérité sociale et répression préventive : derrière la propagande du pouvoir, le Congo-Brazzaville révèle une faillite économique et politique profonde. Lorsque la dette devient un instrument de domination et de contrôle social, la peur s’installe comme mode de gouvernance. Contrairement aux affirmations répétées, et souvent fantasmées, du Premier ministre et des membres de son gouvernement, le Congo est aujourd’hui le pays le plus surendetté de la zone CEMAC.
Depuis plusieurs mois, le pouvoir congolais orchestre une vaste opération de communication destinée à imposer un récit flatteur du quinquennat de Denis Sassou Nguesso. Livre-bilan, émissions télévisées financées par l’État, mobilisation systématique des ministres et des cadres du parti-État : tout concourt à faire croire que le Congo serait engagé sur la voie de la stabilité économique et du progrès. Pourtant, derrière cette mise en scène coûteuse, une réalité s’impose avec brutalité : le pays est surendetté, socialement exsangue et structurellement incapable de répondre aux besoins fondamentaux de sa population.
Les chiffres officiels, pourtant cités par le gouvernement lui-même, démentent le discours d’autosatisfaction. Le produit intérieur brut du Congo oscille entre 15 et 16 milliards de dollars pour une population de plus de six millions d’habitants. La croissance économique, présentée comme un succès, dépasse à peine les 2 à 3 %, un niveau insuffisant pour absorber le chômage massif, réduire durablement la pauvreté ou financer des politiques sociales crédibles. Les indicateurs de développement humain stagnent, maintenant le pays loin derrière d’autres États aux ressources naturelles pourtant bien plus modestes.
Mais le cœur du mensonge d’État se situe ailleurs : dans la question centrale de la dette publique. À la fin de l’année 2024, l’encours de la dette publique congolaise est estimé à plus de 8 500 milliards de francs CFA, soit près de 95 % du PIB, très au-delà du seuil communautaire de 70 % fixé par la CEMAC. Cette dette est composée à la fois d’une dette intérieure massive et d’une dette extérieure lourde, contractée auprès de créanciers bilatéraux et multilatéraux, plaçant le pays dans une dépendance financière quasi permanente.
À l’échelle régionale, la situation congolaise apparaît d’autant plus préoccupante. Alors que la CEMAC fixe un plafond communautaire de 70 % du PIB pour la dette publique, plusieurs pays de la sous-région — notamment le Cameroun, le Gabon ou la Guinée équatoriale — parviennent, malgré des contraintes économiques réelles, à maintenir des ratios d’endettement plus contenus ou à engager des trajectoires de consolidation budgétaire. Le Congo-Brazzaville, pourtant doté d’importantes ressources pétrolières, fait ainsi figure d’exception négative en Afrique centrale : une dette parmi les plus élevées, une capacité de remboursement limitée et une dépendance accrue à l’assistance extérieure. Ce contraste met en évidence non pas une fatalité économique régionale, mais un échec manifeste de gouvernance et de gestion des finances publiques.
La dette intérieure, qui représente environ 60 % de l’encours total, est constituée essentiellement d’émissions de bons et obligations du Trésor, d’arriérés de salaires, de dettes envers les entreprises locales et d’engagements sociaux non honorés. Autrement dit, l’État congolais emprunte pour couvrir ses propres défaillances, transformant l’incapacité budgétaire en spirale d’endettement chronique. La dette extérieure, dominée par des créanciers tels que la Chine, le FMI, la Banque mondiale ou la Banque africaine de développement, place le pays sous une surveillance financière constante, réduisant sa marge de manœuvre budgétaire et politique.
Ce surendettement est d’autant plus choquant que le Congo a bénéficié, il y a quelques années, de l’initiative PPTE, qui a conduit à l’annulation d’une part substantielle de sa dette extérieure. Cette annulation devait offrir au pays un nouveau départ, une occasion historique de réorienter les ressources publiques vers l’investissement productif, la diversification économique et l’amélioration des conditions de vie. Cette chance a été méthodiquement dilapidée. En moins d’une décennie, le Congo a replongé dans une situation comparable, voire plus grave, que celle qui avait justifié son accès au dispositif PPTE.
Plus grave encore, le silence assourdissant autour du Fonds des générations futures constitue l’un des scandales les plus emblématiques de la gouvernance congolaise. Ce fonds, censé épargner une partie des revenus pétroliers au profit des générations à venir, devait être un instrument de justice intergénérationnelle et de responsabilité budgétaire. Les montants cumulés, estimés à près de 14 000 milliards de francs CFA sur plusieurs années, se sont littéralement volatilisés. Ni le président de la République, ni le Premier ministre, ni les membres du gouvernement n’ont jamais été capables d’indiquer où se trouve cet argent, comment il a été utilisé, ni même s’il existe encore. Cette opacité nourrit le soupçon d’une captation systématique des ressources publiques au profit d’un cercle restreint.
La contradiction centrale du discours gouvernemental est désormais flagrante. D’un côté, le Premier ministre et les membres de son équipe revendiquent une amélioration de la situation macroéconomique, vantent une croissance positive et affirment le respect des engagements communautaires. De l’autre, ces mêmes autorités reconnaissent l’accumulation d’arriérés de paiement, la persistance de tensions de trésorerie et le recours permanent à l’endettement pour financer les charges courantes de l’État. Comment prétendre à la stabilité budgétaire quand l’État peine à honorer régulièrement les salaires, les pensions et les dettes envers les entreprises locales ? Comment invoquer la soutenabilité de la dette alors que le Congo demeure sous programme avec le FMI et sous étroite surveillance des bailleurs internationaux ? Cette dissonance permanente entre discours officiel et réalité vécue alimente un profond discrédit de la parole publique.
Face à cette faillite, le pouvoir invoque systématiquement la pandémie de COVID-19 et la fluctuation des prix du baril de pétrole pour justifier la crise financière. Cet argumentaire ne résiste pas à l’analyse. Les difficultés du Congo sont antérieures à la pandémie. Elles résultent d’une mauvaise gouvernance chronique, d’une dépendance excessive au pétrole, de la corruption endémique et de l’absence de contrôle démocratique sur les finances publiques. La COVID-19 n’a fait que révéler et amplifier une fragilité structurelle déjà profondément enracinée.
La dette n’est pas une abstraction technocratique réservée aux rapports du FMI. Elle se manifeste chaque jour dans les foyers congolais par des salaires versés avec des mois de retard, des pensions impayées, des hôpitaux dépourvus de médicaments, des écoles délabrées et une jeunesse abandonnée sans emploi, sans formation et sans perspective. C’est cette réalité concrète que la propagande gouvernementale tente d’étouffer, en exposant sur les plateaux de télévision des ministres sans crédibilité, récitant un discours formaté, incapable de répondre à la souffrance sociale.
Conscient que cette crise de la dette peut devenir le déclencheur d’une contestation populaire, le pouvoir a choisi une autre voie : celle de la peur et de la répression préventive. Sous couvert d’opérations dites de sécurisation, des campagnes ciblant les jeunes qualifiés de kulunas ou de Bébés noirs ont été lancées. Derrière le discours sécuritaire se profile une logique claire : contenir par la force une jeunesse marginalisée, victime directe de l’échec économique de l’État. Au lieu d’investir dans l’emploi, la formation et l’inclusion sociale, le pouvoir choisit la matraque, révélant sa crainte face à un peuple appauvri mais désormais lucide.
Cette fuite en avant sécuritaire trahit l’angoisse du lendemain. Elle révèle un régime qui ne gouverne plus par la vision, mais par la dissuasion, conscient que la combinaison de la dette, de la pauvreté et de l’humiliation sociale constitue un terrain explosif. En criminalisant la misère plutôt qu’en s’attaquant à ses causes, l’État confirme son incapacité à proposer un avenir collectif.
Aujourd’hui, le Congo-Brazzaville n’est pas victime d’un choc extérieur imprévisible. Il est prisonnier d’un système politique fondé sur la prédation, la confusion entre l’État et le parti, l’opacité financière et le mépris de l’intérêt général. La dette est le miroir de cette faillite globale. Et aucune opération de communication, aussi coûteuse et sophistiquée soit-elle, ne pourra durablement masquer une vérité désormais évidente : le Congo est riche, mais ses citoyens sont maintenus dans la pauvreté par ceux qui les gouvernent.
Diffusé le 03 février 2026, par www.congo-liberty.org

le fonds des generations futures navait jamais disparu.faute de creation.
letat congolais n’a jamais signe un quelconque decret portant creation du fonds des generations futures.cela nexiste nulle part dans les archives de l’etat congolais( journal officiel par.ex)
votre fonds ou vos fonds nont jamais disparu car nayant jamais existe
mr dilou
comment definissez vous une generation et c’est quoi chez vous le.futur?
quel est lhorizon temporel de depart du dit futur.?
un peu de bon sens entre nous
de la dette
ce point sera commente plus tard mais deja en vous lisant on sent tout de suite.que vous netes pas un expert en financement des projets structurants
dette ne veut pas dire mauvaise gestion
la dette nest pas a confondre avec un deficit qui ne sous entend pas qu il y a eu mauvaise gestion
la dette nest pas non plus a confondre avec un detournement de deniers publics.
la encore un peu de bon sens
amicalement votre