En 2012, M. Sassou chasse de la présidence, le général Olessongo « Olens », pour plusieurs raisons : sa proximité avec AOS accusé par Moko et autres de flirter avec Édith Lucie Bongo, et de procéder à des enlèvements dont celui du journaliste Ghys Fortune à l’hôtel Saphir en 2012. Par respect et par fidélité pour Ambéndé qui lui avait présenté Olens, M. Sassou choisit de l’affecter à Pointe-Noire plutôt que de le révoquer.
À Pointe-Noire, ce général n’a pu freiner les circuits mafieux mêlant corruption, trafic de drogue et réseaux criminels divers. Ceux-ci ont plutôt contribué à son enrichissement personnel. Ses nombreuses acquisitions immobilières ainsi que la montée spectaculaire du banditisme dans la ville océane au cours de ses dix ans dans le Kouilou, sont citées comme faits illustrant cette période. Appelé au gouvernement pour des raisons que nous évoquerons prochainement, beaucoup pensaient que Olens observerait dix jours de réserve avant de prendre ses marques. Il n’en a rien été. À peine installé, il s’est lancé dans une politique mêlant populisme, règlements de comptes et démonstrations d’autorité, alors même que l’architecture sécuritaire congolaise montre des signes évidents de fragilité.
Une hybridation institutionnelle malsaine
Le mélange entre renseignement d’État, police administrative et gestion migratoire a progressivement produit une machine bureaucratique vulnérable à la corruption, aux rivalités internes et aux règlements de comptes politiques. L’affaire des passeports qui touche le cœur même de la souveraineté nationale en est l’un des symptômes les plus visibles. Un État commence toujours par contrôler l’identité de ceux qui relèvent de son autorité. Lorsque des passeports peuvent être obtenus à partir de faux extraits de naissance, de certificats de nationalité douteux ou d’enrôlements biaisés, il ne s’agit plus seulement d’une fraude documentaire : c’est toute la chaîne administrative de l’État qui vacille. Sous l’ère de Zéphyrin Mboulou, plusieurs affaires ont illustré cette dérive systémique. En 2024, quinze personnes, dont douze Camerounais, ont été déférées devant le parquet dans une affaire présumée de trafic de faux passeports. En 2023, plusieurs individus avaient déjà été condamnés pour fabrication de faux documents administratifs. Déjà en 2021, une enquête française mettait en lumière un réseau de faux papiers impliquant des employés de l’ambassade du Congo en France, avec près de 800 documents saisis.
En 2017, la polémique autour des passeports diplomatiques volés avait révélé la vulnérabilité des titres spéciaux congolais dans des aéroports internationaux. Récemment, l’audit réalisé en 2025 par l’OACI sur les sites de l’ANAC, de l’aéroport et des services de la CID-Immigration a confirmé que plusieurs Congolais et étrangers avaient voyagé avec des documents frauduleux.
Mis bout à bout, ces épisodes qui paraissent comme des affaires pénales dessinent un véritable écosystème de défaillance administrative, dans lequel l’identité devient une marchandise et où les frontières de l’État se brouillent gravement.
Des accusations similaires ont également visé le ministère des Affaires étrangères sous Jean-Claude Gakosso avec l’octroi de passeports diplomatiques aux ressortissants étrangers.
Le mariage de Denis Christel Sassou Nguesso à Dubaï a donné lieu à des opérations massives d’octroi de la nationalité et de délivrance de documents congolais à des étrangers sans véritables enquêtes. Certains de ces documents se seraient retrouvés entre les mains des criminels connus, interpellant ainsi Washington et Tel-Aviv.
Désordre sécuritaire et confusion des rôles
La CID a hérité de l’opacité de la DGST tout en élargissant considérablement ses prérogatives. Elle cumule désormais des fonctions de renseignement intérieur, de sécurité extérieure, de police judiciaire , administrative et de contrôle migratoire. Une concentration de pouvoirs qui devient une anomalie institutionnelle.
Pourtant, dans la plupart des architectures sécuritaires modernes, les services de renseignement et la police des frontières sont clairement séparés. En France, par exemple, la DGSI est distincte de la Police de l’Air et des Frontières (PAF). Au Nigeria, le State Security Service ne gère pas l’immigration. Cette séparation répond à une logique opérationnelle fondamentale : le renseignement travaille dans le secret, l’anticipation et la discrétion, tandis que la police migratoire repose sur la traçabilité, les procédures standardisées et la transparence administrative. En fusionnant ces univers, le Congo crée une structure hybride difficilement maîtrisable. Cette confusion institutionnelle favorise des dérives. En mai 2024, le général Philippe Obara avait soulevé ce problème.
Ni Obara, ni Okassa ne sont parvenus à contrôler efficacement cet appareil devenu à la fois service judiciaire, de renseignement et organe chargé de produire des documents officiels.
Le limogeage du colonel-major Louis Tondo, responsable de l’immigration, du colonel Sylvain Midio ( beau-frère de Mboulou), du colonel Ondele (cousin de Mboulou ), du commandant Christian Moundzia (neveu de Mboulou ) et autres , apparaît ainsi moins comme une solution durable que, comme un épisode supplémentaire dans une guerre interne devenue permanente. Olens peut-il répondre aux deux questions qui m’ont été posées lors d’une conférence en Allemagne, à savoir: pourquoi le Congo ne parvient-il pas à apurer sa dette de plusieurs milliards de francs cfa auprès du fournisseur des passeports, et quelle est la cause du déficit de plusieurs milliards de la Snpc alors que cette société ne vend que des produits?
Ghys Fortune BEMBA DOMBE
Diffusé le 22 mai 2026, par www.congo-liberty.org
